Notre exploration des Musées de Rouen Métropole se poursuit. Le jeudi 12 mars nous décidions de visiter « La Fabrique des Savoirs » fondée dans les entrailles de l’ancienne usine Blin et Blin située sur Elbeuf et notamment de découvrir l’exposition dédiée aux métiers à tisser d’antan.
Avant de pénétrer dans ce haut lieu témoin d’une époque révolue, nous nous faisions photographier devant la façade du bâtiment.
A notre arrivée nous étions accueillis par Anouck, en sa qualité de Conférencière elle nous expliquait les mutations qui se sont produites pour passer d’une usine florissante à un Musée.
Un peu d’histoire : L’usine de textile Blin et Blin est née en 1827 à Bischwiller, en Alsace. Fuyant l’annexion de la région par l’Allemagne en 1871, l’entreprise familiale s’est installée et développée à Elbeuf. Avec une usine mécanisée et moderne, son ascension est rapide. En 1890, une annexe est construite pour abriter les ateliers de mélange de la laine, d’échardonnage, d’encollage, d’ourdissage et de tissage. Trente ans plus tard, l’industrie Blin et Blin occupe une surface de près de 100 000 m2 et compte plus de 2 000 employés. La crise du textile dans les années 1970 oblige l’entreprise à déposer le bilan en 1975.
Aujourd’hui, les bâtiments de l’usine abritent des logements. L’annexe, elle, accueille depuis 2010 la Fabrique des savoirs et son musée sur le passé textile de la ville. Il présente notamment les machines issues des anciennes industries drapières.
Jadis, la ville exportait ses draps dans toute l’Europe, certains tissus partaient jusqu’en Russie, en Turquie ou en Amérique du Sud.
On dit même que le manteau de Napoléon… venait d’Elbeuf
Au XIXᵉ siècle, Elbeuf était l’une des capitales européennes du drap de laine. On appelait même la ville « la cité drapière ». Des dizaines de manufactures fabriquaient un tissu très réputé pour sa qualité.
Ce que peu de gens savent, c’est que le drap d’Elbeuf habillait l’armée française.
Sous Napoléon Bonaparte, une grande partie des uniformes militaires — notamment les manteaux des officiers — était fabriquée avec le drap produit à Elbeuf. La qualité était telle que les fabricants elbeuviens étaient souvent sollicités pour les commandes militaires.
On raconte même qu’un fabricant d’Elbeuf se vantait en disant :
« Quand l’Empereur marche sur l’Europe, c’est un peu notre drap qui marche avec lui. »
L’anecdote n’est pas totalement exagérée : les soldats de la Grande Armée portaient souvent des uniformes fabriqués avec ce fameux tissu normand.
Anouck nous faisait découvrir les différentes laines servant à la confection des textiles et nous pouvions les toucher et apprécier leurs textures :
La laine mérinos provenant de moutons mérinos (Espagne), la laine provenant de l’Alpaga (Amérique du Sud), la laine Mohair provenant de la chèvre Angora, la laine Cachemire provenant de la chèvre (Inde) et la laine de chameau à partir des poils de l’animal laquelle était encore légèrement odorante.
Les tissus de laine sont classés en deux familles : les laines cardées et les laines peignées.
Les lainages peignés utilisent des fibres longues et fines alors que les lainages cardés sont réalisés à partir de fibres courtes au diamètre plus important. A Elbeuf, la spécialité est le drap de laine cardée.
L’exposé de notre Conférencière nous replonge dans le milieu ouvrier de l’ère industrielle, durant lequel on recourrait souvent au travail des enfants avec des conditions de travail déplorables.
Tableau de Berthe Mouchel « Le Rattacheur » dénonçant l’exploitation des enfants dans le milieu ouvrier où les dérives de l’alcoolisme étaient un exutoire à des conditions de travail inhumaines.
Nous pouvions voir aussi un dessin à l’aquarelle et à l’encre brune de Vincent Van Gogh prêté par le Musée d’Orsay, Paris.
Cette photographie d’époque représentant la scène d’une rentrayeuse dans la pratique de son métier. Le rentrayage est le plus qualifié et le plus rémunéré des savoir-faire féminins au sein des manufactures de draps. Cela consiste à l’aide d’une simple aiguille, à réparer les déchirures accidentelles ou les défauts du tissage en respectant les dessins et en reproduisant le croisement des fils comme sur le métier à tisser.
« J’habitais à la Londe et on descendait à Elbeuf tous les matins chez Blin à Pied. On commençait à 7h00 du matin, on quittait à 18h30 le soir, ça nous faisait 59h00 la semaine. » Témoignage d’une Rentrayeuse Pâquerette Lelasseux, née en 1907 et ayant commencé à la manufacture à l’âge de 13 ans.
Un passage devant le grand rouet du XIXe siècle : outil indispensable dans la fabrication du fil à partir des fibres de laine, par un double mouvement d’étirage et de torsion.
Dans les galeries du Musée on y trouve aussi des collections de sciences naturelles et d’archéologie.
D’ailleurs une exposition immersive sur les oiseaux est en cours de réalisation et l’envie ne manquera pas de renouveler une prochaine excursion culturelle à Elbeuf-sur-Seine, labellisée « Ville d’art et d’histoire » depuis 2004.


















